Force française dans la guerre de Bosnie de 1992 à 1995. Crédit photo: ECPAD


J’ai lu plusieurs ouvrages dénonçant le rôle des Etats-Unis dans la déstabilisation des Balkans et les conflits dévastateurs qui ont suivi. Alexandre del Valle dans  »Guerre contre l’Europe » (1) analyse la politique étrangère souvent cynique des Etats-Unis dans les Balkans, au plus grand profit de l’intégrisme islamiste. Un ouvrage plus récent,   »Guerre sainte de l’Amérique », de F. William Engdahl (2), révèle les complicités des Etats-Unis avec les radicaux islamistes dans les conflits depuis l’Afghanistan, en passant par le Caucase, jusqu’aux Balkans.

L’ambassadeur du Canada en Yougoslavie, James Bissett, écrivait en 2001 : « Depuis 1998, la Central Intelligence Agency (CIA) avec l’aide du Special Air Service (SAS) britannique livrait des armes à l’armée de libération du Kosovo (UCK) et leur assurait une formation militaire, dans le but d’une insurrection armée. […] et, une fois la région embrasée, l’intervention de l’OTAN deviendrait possible et justifiée » (3).

Effectivement, cela n’a pas tardé ; les événements allaient bientôt  » justifier » l’entrée en guerre de l’OTAN contre la Serbie, en violation de ses propres statuts, mais aussi de la charte des Nations Unies. (4)

Un prétendu  » nettoyage ethnique  »

Pour  » justifier » l’intervention de l’OTAN, le président Bill Clinton a prétendu que les Serbes avaient mis en œuvre un nettoyage ethnique et qu’une catastrophe humanitaire menaçait le Kosovo. Les Etats-Unis ont menti effrontément en comparant les événements du Kosovo à l’holocauste. La chaîne CNN soulignait que le « Président Clinton voulait convaincre l’opinion américaine du bien fondé de sa décision d’engager des militaires américains en Yougoslavie. Il a accusé les Serbes de procéder à un nettoyage ethnique au Kosovo, en le comparant à la destruction massive des Juifs pendant la seconde guerre mondiale. L’échec des efforts diplomatiques allait ainsi rendre l’engagement militaire inévitable ». (5)

La comparaison avec le nazisme est le moyen le plus efficace pour convaincre l’opinion publique de la nécessité pour les Etats-Unis d’intervenir militairement, alors même que la majorité des citoyens américains ignoraient jusqu’à l’existence même du Kosovo. Cet argument avait déjà été utilisé avec succès lors de la guerre bosno-serbe quelques années plus tôt. Comme nous l’explique Engdahl dans l’ouvrage mentionné plus haut.

Pendant la guerre civile bosno-serbe, le dirigeant bosniaque Iztbegovic chargea une société de lobbying américaine, PRRuder Finn, de convaincre l’opinion américaine du bien fondé de sa cause. La plupart des citoyens américains confondaient la Bosnie avec quelque lointain pays africain…

Le 23 juin 1992, le gouvernement d’Izetbegovic ratifia un contrat avec la société de relations publiques PRRuder Finn pour mettre en œuvre un lobbying auprès des médias états-uniens, britanniques et français ; mais aussi en direction des membres du Congrès et de personnalités influentes, comme Al Gore, Margaret Thatcher…ainsi que 17 sénateurs américains. Ruder Finn allait ainsi fournir les médias de l’establishment – tels le New York Times, le Washington Post, USA Today, le Wall Street Journal – en articles décrivant les Serbes comme les  » nouveaux nazis ». (6)

Enorme manipulation de l’ensemble des médias

Les organisations juives américaines représentaient la première cible à convaincre. La partie n’était pas gagnée d’avance. Le souvenir des atrocités commises envers les juifs pendant la seconde guerre mondiale par les unités fascistes croates oustachies et par les membres bosniaques musulmans de la division SS Handschar constituait à cet égard un obstacle qui aurait normalement dû inciter à manifester plus de sympathie envers les Serbes qu’envers les Bosniaques.

Cette remarque est d’ailleurs tout aussi valable pour les médias français qui, malheureusement, ont fait preuve d’un aveuglement anti-serbe déplorable. On se souvient des critiques virulentes de certains intellectuels, parmi eux Bernard Kouchner et l’inénarrable BHL, qui n’avaient de cesse de criminaliser les Serbes.

Ruder Finn va réussir un coup de communication extraordinaire en faisant paraître dans le quotidien new yorkais Newsday un reportage sur des prisonniers présentés comme preuve de l’existence de camps de concentration serbes. Ce reportage a réussi à faire définitivement basculer les organisations juives du côté des Bosniaques. Et l’ensemble des médias a bien entendu relayé cette narration des  » bons Bosniaques » victimes des  » méchants Serbes », assimilés aux nazis. Ainsi des expressions comme « épuration ethnique », « camp de concentration », ont immanquablement rappelé les images de l’Allemagne nazie et des chambres à gaz d’Auschwitz.

Dès lors, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe, l’opinion publique s’est majoritairement ralliée aux Bosniaques ; aucune voix discordante ne s’exprimerait plus sur ce sujet. Rendons néanmoins hommage à Jacques Merlino (6), rédacteur en chef Adjoint à France 2. Il fut le seul à défendre un point de vue objectif sur la question. Cette unanimité des médias dans la condamnation récurrente du  » méchant » serbe, en l’occurrence le Président Milosevic, nous rappelle leur condamnation unanime du président Assad dans le conflit syrien.

Les seuls  » méchants » sont les Serbes, les crimes des milices bosniaques et kosovares sont passés sous silence

Nos médias ne révéleront jamais la présence de mercenaires saoudiens, yéménites, algériens, égyptiens et pakistanais dans la guerre en Bosnie. Plusieurs unités de moudjahidines vont participer aux combats, dont une troupe de 6000 hommes désignée comme l’unité d’élite Handschar en souvenir de la 13ème division de montagne SS qui avait été formée en 1943 avec l’appoint des Bosniaques et avait massacré avec férocité, les Serbes, les Juifs et les Roms.

C’est ainsi que, au cœur de l’Europe, les Etats-Unis ont été complices d’une guerre confessionnelle dirigée contre les populations chrétiennes, serbes principalement. Cette politique criminelle de l’Administration Clinton, menée avec la complicité des Britanniques, et le laisser faire des autres dirigeants européens, aura des conséquences dramatiques pour les populations serbes du Kosovo.

Deux années après la guerre du Kosovo, l’ancien ambassadeur canadien en Yougoslavie pouvait écrire :

 » Après la campagne de bombardement de la Yougoslavie, l’OTAN est restée l’arme au pied et a assisté passivement aux massacres, aux exactions et au pillage commis par les bandes de l’UCK. C’est comme si on leur avait donné carte blanche. Un nettoyage ethnique visant les communautés non albanaises s’est déroulé sous les yeux des 40 000 militaires de l’OTAN. Par ailleurs, l’OTAN a refusé d’appliquer la résolution 1244 votée par le conseil de sécurité prévoyant le désarmement des miliciens de l’UCK. Elle s’est contentée de constituer avec ces bandes armées  un  »corps  de défense du Kosovo », chargé d’instaurer la paix et la sécurité dans la région ! ». (7)

Il faut relever le courage des militaires français qui sont venus en aide aux populations serbes en les protégeant des exactions de l’UCK. Le colonel Jacques Hogard (8) a dénoncé la collusion entre des militaires britanniques et des miliciens de l’UCK qui avaient tendu une embuscade à un convoi de civils serbes en fuite. Seule son intervention vigoureuse a permis de dégager le convoi. Nous renvoyons nos lecteurs à notre dernière contribution sur le sujet (9).

Aujourd’hui les Serbes rescapés de l’épuration ethnique de 1999, sont parqués dans des enclaves et entourés d’une population hostile. Ils sont en butte à de nombreuses tracasseries et menaces de la part de leurs voisins kosovars, sans que la police n’intervienne. Les défenseurs des droits de l’homme sont bien silencieux lorsqu’il s’agit des droits de la minorité serbe.

Le vrai objectif de la guerre du Kosovo

Nous savons aujourd’hui que la protection des Kosovars prétendument menacés d’un génocide n’était qu’un prétexte pour arracher ce pays à la Serbie et bien entendu y implanter une base américaine comme le démontre le colonel Hogard dans son ouvrage. F.Willian Engdahl confirme que le Pentagone, sitôt la Serbie à genoux, a engagé la construction de l’une des plus grandes bases militaires US : Camp Bondstell, à proximité de Gjilan, d’une superficie de plus de 3 km2. Y sont stationnés plus de 7000 militaires bénéficiant d’un aéroport et d’un centre ultra-moderne de communications. De quoi assurer une présence stratégique dans la région des Balkans à proximité des frontières russes. C’était le but de la guerre du Kosovo.

Il y a dès lors tout lieu de craindre que les engagements du ministre néerlandais des Affaires étrangères – selon un communiqué du 16 février 2016 – quant à la mise en place d’un  » tribunal spécial pour les crimes de guerre commis par des membres de la guérilla indépendantiste kosovare » resteront au stade des effets d’annonce.

Aujourd’hui, seule l’association française  » Solidarité Kosovo » manifeste son soutien aux Serbes du Kosovo en leur apportant une aide matérielle pour leur permettre de survivre dans leurs enclaves. (10)

Marc JEAN  | 14 juin 2017 | Droits réservés

(1)   Editions des Syrtes, 2000

(2) Amerikas heiliger Krieg, F. William Engdahl, Kopp Verlag, Rottenburg, 2014 (non traduit en français).

(3)  » We created a monster », Toronto Star, 31 Juillet 2001: http://web.archive.org/web/20080510052014/http://www.deltax.net/bissett/a-monster.htm

(4) Stephen Erlanger, Early Count Hints at Fewer Kosovo Deaths, The New York Times, 11/11/1999

(5) http://en.wikipedia.org/wiki/Ruder_Finn

(6) arretsurinfo.ch/jacques-merlino-les-verites-yougoslaves-ne-sont-pas-toutes-bonnes-a-dire/

(7) James Bissett,  » We created a monster », Toronto Star, 31 Juillet 2001

(8) L’Europe est morte à Pristina, Jacques Hogard, Editions Hugo&Cie,Paris,2014

(9) arretsurinfo.ch/la-faillite-de-leurope-au-kosovo-on-a-fait-la-part-belle-aux-kosovars-et-pietine-les-droits-des-serbes/

(10)­  Solidarité Kosovo : www.solidarite-kosovo.org

Articles du même auteur: http://arretsurinfo.ch/authors/marc-jean/

Source: http://arretsurinfo.ch/lorsque-les-etats-unis-soutenaient-les-islamistes-radicaux-en-bosnie-et-au-kosovo/

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