Lorsque j’ai commencé à écrire cet article, j’entendais Bob Marley, dans ma tête, chanter No Women No Cry … D’où le titre.
Beaucoup en Occident, en particulier parmi les responsables politiques américains et les grands médias américains, nourrissent le fantasme qu’il y aura un règlement négocié de la guerre en Ukraine conforme au plan en 28 points qui a fuité dans la presse il y a plus d’un mois. Supposons, pour les besoins de la discussion, que Donald Trump soit sérieux dans sa volonté de parvenir à un accord avec la Russie qui réponde aux exigences exposées par le président Poutine vendredi dernier lors de sa conférence de presse de fin d’année (voir ici: Poutine ne laisse aucun doute sur les exigences de la Russie pour mettre fin à la guerre en Ukraine).
Je pense qu’il existe une exigence que Poutine n’a pas mentionnée et qui, à ma connaissance, n’a jamais été formulée publiquement… L’accord avec les États-Unis doit être un traité ratifié par le Sénat américain. À défaut d’être conclu sous la forme d’un traité, toute promesse de Donald Trump aura une date d’expiration et sera ignorée ou rejetée par les responsables politiques américains et par l’État profond.
Pourquoi dis-je cela ? Revenons sur ce qu’a déclaré le sénateur Lindsey Graham dimanche sur NBC, dans l’émission Meet the Press, où il évoquait les efforts en cours pour négocier un accord de paix entre la Russie et l’Ukraine. Il s’est dit favorable à un accord, mais a souligné des conditions strictes et des conséquences sévères si la Russie le rejetait. Graham a déclaré vouloir un accord de paix « qui empêcherait une troisième invasion » de l’Ukraine par la Russie (en référence à l’annexion de la Crimée en 2014 et à l’invasion à grande échelle de 2022). Il a même concédé que tous les territoires occupés par la Russie ne seraient pas restitués : « Nous n’allons pas expulser tous les Russes d’Ukraine, je le comprends. »
Mais il a appelé à de solides garanties de sécurité pour l’Ukraine, y compris la présence éventuelle de troupes européennes sur le terrain et des engagements américains. C’est un point rédhibitoire pour les Russes. Graham a averti que le président russe Vladimir Poutine repoussait les efforts de négociation et pourrait continuer à s’emparer de territoires (par exemple le Donbass) si la pression n’augmentait pas. Il a déclaré que les États-Unis risquaient de « surestimer » le désir de paix de Poutine. Graham adressait ainsi un avertissement à peine voilé à son partenaire de golf, Donald Trump.
Graham a ensuite déclaré que si Poutine refusait la proposition actuelle, le président Trump devrait « changer radicalement la donne » en intensifiant le soutien à l’Ukraine, notamment en fournissant des missiles de croisière Tomahawk pour frapper des usines russes de drones et de missiles à l’intérieur de la Russie. Il a affirmé qu’il irait « jusqu’au bout » dans ce scénario.
Graham part du principe que la proposition viable est le plan en 28 points, ou une version modifiée de celui-ci, mais d’après ce qu’a dit le président Poutine vendredi, ce plan est mort-né. Le général à la retraite Jack Keane, ancien chef d’état-major quatre étoiles et analyste stratégique senior de Fox News, est apparu dimanche dans Sunday Morning Futures avec Maria Bartiromo et a repris les propos de Graham tenus sur NBC. Keane a souligné qu’il reste difficile de savoir où se situe réellement le président russe Vladimir Poutine dans les négociations. Il s’est montré prudent quant à la volonté de Poutine de faire des concessions significatives ou de s’engager dans un accord de paix durable.
L’insistance de Graham et de Keane sur des garanties de sécurité robustes n’est rien d’autre qu’un euphémisme pour donner à l’Ukraine plus de temps afin de se réarmer et de poursuivre la guerre contre la Russie. Leur conception des garanties de sécurité comprend six éléments :
Engagement de défense mutuelle de type Article 5 de l’OTAN : proposition centrale dans les récentes discussions menées par les États-Unis ; des engagements inspirés de l’article 5 de l’OTAN, selon lesquels une attaque contre l’Ukraine serait considérée comme une attaque contre les garants, déclenchant une réponse militaire. Des responsables américains ont décrit cela comme « similaire à l’article 5 », avec une implication explicite des États-Unis, faisant douter la Russie de toute impunité en cas de nouvelle invasion. Cela pourrait être ratifié par le Congrès pour en garantir la pérennité.
Déploiement de troupes multinationales (principalement européennes) en Ukraine : une « force multinationale » dirigée par l’Europe (par exemple une coalition de volontaires) opérant en Ukraine après un cessez-le-feu, chargée du maintien de la paix, de la surveillance des frontières et de la dissuasion de toute agression. Elle serait soutenue par le renseignement et la logistique américains, sans troupes terrestres américaines permanentes (ce qui laisse ouverte la possibilité de déploiements temporaires). Le sénateur Lindsey Graham a explicitement appelé à la présence de « troupes européennes sur le terrain » pour empêcher une « troisième invasion ».
Aide militaire à long terme et reconstruction des forces ukrainiennes : fourniture durable d’armes, formation et renforcement de l’armée ukrainienne (par exemple une force en temps de paix d’environ 800 000 soldats). Cela inclut la reconstruction des industries de défense et la fourniture de systèmes avancés comme les défenses aériennes et antimissiles pour se protéger des frappes russes.
Renforcement du partage du renseignement et du soutien à la défense aérienne : accès accru de l’Ukraine au renseignement américain et déploiement de défenses aériennes alliées robustes (au sol ou dans les airs) à l’intérieur de l’Ukraine. Les propositions incluent des patrouilles aériennes alliées tournantes (similaires à la police du ciel de l’OTAN dans les États baltes) pour sécuriser l’espace aérien et dissuader les violations.
Traités multilatéraux ou bilatéraux juridiquement contraignants : des traités précisant des réponses automatiques (aide militaire, rétablissement des sanctions) en cas d’agression. Contrairement aux mémorandums vagues, ceux-ci seraient ratifiés et applicables, avec éventuellement des mécanismes de supervision et de coordination.
Dissuasion économique et par les sanctions : réimposition automatique de sanctions mondiales, retrait de toute reconnaissance territoriale ou d’autres avantages si la Russie viole l’accord, le tout lié à des mécanismes de contrôle du respect du cessez-le-feu.
La Russie accueillerait favorablement le point 5, mais uniquement selon les conditions exposées par le président Poutine vendredi dernier. Le reste des garanties de sécurité souhaitées par les dirigeants politiques occidentaux sera — ou a déjà été — totalement rejeté par la Russie.
Mon propos est simple… Si Trump conclut un accord avec Poutine qui concède aux exigences russes présentées pour la première fois par Poutine le 14 juin 2024, il se heurtera à une opposition farouche aux États-Unis et en Europe. Quelles que soient les promesses de Trump à Poutine, l’accord n’aura aucune valeur s’il n’est pas ratifié par le Sénat américain en tant que traité. À ce stade, je ne crois pas que les deux tiers des sénateurs américains présents voteraient en faveur d’un tel traité.
Je continue de penser que, même si Poutine cherchera à normaliser les relations avec les États-Unis — du moins tant que Trump sera en fonction — il comprend aussi que la seule véritable garantie de sécurité pour la Russie est la défaite militaire de l’Ukraine et, par extension, de ses maîtres de l’OTAN.
Par Larry Johnson
Source: Larrycjohnson.substack.com (Traduction Arrêt sur info)






































































































































































































































