Un homme agite un drapeau palestinien tandis qu’un véhicule blindé israélien progresse dans une rue lors d’une opération militaire dans le camp de réfugiés de Nur Shams, en Cisjordanie, à Tulkarem, le 29 août 2024 | Majdi Mohammed/AP

Une stratégie de choc et d’effroi. L’expression est particulièrement appropriée pour décrire ce qu’Israël a fait en Cisjordanie occupée presque immédiatement après les événements du 7 octobre 2023 et le début du génocide israélien à Gaza.

Par Ramzy Baroud, 15 janvier 2026

Dans son livre La Stratégie du choc (The Shock Doctrine), Naomi Klein définit le « choc et effroi » non seulement comme une tactique militaire, mais aussi comme une stratégie politique et économique qui exploite les moments de traumatisme collectif — qu’ils soient provoqués par la guerre, une catastrophe naturelle ou un effondrement économique — afin d’imposer des politiques radicales qui, en temps normal, rencontreraient une forte résistance. Selon Klein, les sociétés plongées dans l’état de choc deviennent désorientées et vulnérables, ce qui permet à ceux qui détiennent le pouvoir d’imposer des transformations profondes pendant que l’opposition est fragmentée ou submergée.

Bien que cette politique soit souvent évoquée dans le contexte de la politique étrangère américaine — de l’Irak à Haïti — Israël a eu recours aux tactiques de choc et d’effroi avec une fréquence, une constance et un degré de perfectionnement bien supérieurs. Contrairement aux États-Unis, qui ont appliqué cette doctrine de manière épisodique sur des théâtres éloignés, Israël l’a utilisée de façon continue contre une population captive vivant sous son contrôle militaire direct.

En effet, la version israélienne du choc et de l’effroi constitue depuis longtemps une politique par défaut pour réprimer les Palestiniens. Elle a été appliquée pendant des décennies dans le territoire palestinien occupé et étendue aux pays arabes voisins chaque fois que cela servait les objectifs stratégiques d’Israël.

Au Liban, cette approche est devenue connue sous le nom de « doctrine Dahiya », du nom du quartier de Dahiya à Beyrouth, systématiquement détruit par Israël lors de la guerre de 2006 contre le Liban. Cette doctrine préconise l’usage d’une force disproportionnée contre des zones civiles, le ciblage délibéré des infrastructures et la transformation de quartiers entiers en ruines afin de dissuader toute résistance par la punition collective.

Gaza a été l’épicentre de l’application de cette tactique par Israël. Dans les années ayant précédé le génocide, les responsables israéliens présentaient de plus en plus leurs attaques contre Gaza comme des guerres limitées et « maîtrisées », destinées à affaiblir périodiquement la résistance palestinienne.

Ces opérations étaient justifiées par le concept de « tondre la pelouse », une expression employée par des stratèges militaires israéliens pour décrire l’usage périodique d’une violence écrasante afin de « rétablir la dissuasion ». La logique était que Gaza ne pouvait pas être résolue politiquement, mais seulement gérée indéfiniment par des cycles répétés de destruction.

Ce qui s’est déroulé en Cisjordanie peu après le début du génocide à Gaza a suivi un schéma remarquablement similaire.

À partir d’octobre 2023, Israël a lancé une campagne de violence sans précédent à travers toute la Cisjordanie. Celle-ci comprenait des raids militaires de grande ampleur dans les villes et les camps de réfugiés, l’utilisation systématique de frappes aériennes — auparavant rares en Cisjordanie —, le déploiement massif de véhicules blindés, ainsi qu’une explosion des violences des colons, menées avec le soutien ou la participation directe de l’armée israélienne.

Le nombre de morts a augmenté de façon spectaculaire, avec des centaines de Palestiniens tués en quelques mois, parmi lesquels des enfants. Des camps de réfugiés entiers, comme Jénine, Nur Shams et Tulkarem, ont été soumis à une destruction systématique : routes éventrées, maisons démolies, réseaux d’eau et d’électricité détruits, accès aux soins médicaux sévèrement restreint. Les forces israéliennes ont à plusieurs reprises assiégé des communautés, empêchant la circulation des ambulances, des journalistes et des travailleurs humanitaires.

Parallèlement, Israël a accéléré le nettoyage ethnique des communautés palestiniennes, en particulier dans la zone C. Des dizaines de villages bédouins et ruraux ont été vidés de force par une combinaison d’ordres militaires, d’attaques de colons, de démolitions de maisons et de refus d’accès à la terre et à l’eau. Les familles ont été chassées par une terreur permanente visant à rendre la vie quotidienne impossible.

Pourtant, la période la plus violente de l’agression israélienne en Cisjordanie depuis la Seconde Intifada (2000–2005) est restée largement ignorée, en partie à cause de l’ampleur et de l’horreur du génocide israélien à Gaza. L’anéantissement de Gaza a relégué la violence en Cisjordanie au second plan dans l’imaginaire mondial, bien que ses conséquences à long terme puissent s’avérer tout aussi dévastatrices.

Dans le même temps, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et sa coalition extrémiste sont parvenus à se présenter au monde comme imprévisibles, sans retenue et idéologiquement motivés — disposés et capables d’étendre le cycle de destruction bien au-delà de Gaza, vers la Cisjordanie et au-delà des frontières israéliennes, dans les pays arabes voisins. Cette mise en scène de l’extrémisme a fonctionné comme une stratégie politique.

Les conséquences sont désormais indéniables. De vastes zones de la Cisjordanie sont en ruines. Des communautés entières ont été brisées, leur tissu social et matériel délibérément démantelé. Selon l’UNRWA, plus de 12 000 enfants palestiniens restent déplacés, ce qui laisse de plus en plus penser que ce déplacement pourrait devenir permanent plutôt que temporaire.

L’histoire offre toutefois une leçon essentielle. La lutte palestinienne contre le colonialisme de peuplement israélien a montré à maintes reprises que les Palestiniens ne restent pas passifs indéfiniment. Malgré la paralysie et la fragmentation de leur direction politique, la société palestinienne a constamment régénéré sa capacité de résistance.

Israël comprend également cette réalité. Il sait que le choc n’est pas infini, que la peur finit par céder la place à la défiance et que, lorsque le traumatisme immédiat commence à s’estomper, les Palestiniens se réorganisent et résistent aux conditions de domination qui leur sont imposées.

Ce qui se joue actuellement est donc une course contre la montre. Israël s’efforce de consolider ce qu’il espère être une nouvelle réalité irréversible sur le terrain — une réalité qui permettrait l’annexion formelle, normaliserait un régime militaire permanent et achèverait le nettoyage ethnique de larges segments de la population palestinienne.

Pour cette raison, une compréhension plus profonde et durable des événements actuels en Cisjordanie est indispensable. Sans une confrontation directe avec cette réalité, les plans israéliens se poursuivront largement sans opposition. Mettre au jour, résister et, en fin de compte, vaincre ces projets n’est pas seulement une question d’analyse politique, mais un impératif moral indissociable du soutien au peuple palestinien dans la restauration de sa dignité et la conquête de sa liberté longtemps refusée.

Ramzy Baroud

Source: Peoplesworld.org – Traduit par Arretsurinfo.ch