
FILE PHOTO: US President Donald Trump and German Chancellor Friedrich Merz hold a meeting in the Oval Office at the White House. © Getty Images / Anna Moneymaker
Les traités de non-prolifération des armes doivent être restaurés pour éviter un désastre nucléaire!
À la veille de la rencontre entre les présidents Donald Trump et Vladimir Poutine à Anchorage, en Alaska, certains observateurs ont nourri l’espoir qu’un dialogue pourrait s’instaurer pour aborder la question plus large de la création d’un nouveau modèle de sécurité européen, susceptible de réduire les tensions et d’éviter la répétition d’un conflit comme celui qui a opposé la Russie à l’Ukraine. Tous deux sont sortis de cette réunion de plus de trois heures avec des commentaires positifs, mais peu concrets, du moins concernant ce qu’ils étaient prêts à révéler. Trump a laissé entendre que l’idée d’un cessez-le-feu a été écartée au profit de nouvelles discussions sur un plan de paix global pour mettre fin à la guerre, lors des prochains pourparlers bilatéraux à Moscou. Toutefois, certains critiques ont suggéré que ces propos n’engagent que lui. S’il est arrivé à la conclusion qu’un cessez-le-feu ne pourrait pas fonctionner dans le contexte actuel, il a probablement raison.
Espérer un accord de paix impliquerait que l’Ukraine accepte les transferts territoriaux exigés par la Russie. Le dirigeant ukrainien Volodymyr Zelensky a toutefois rejeté à plusieurs reprises un tel arrangement. Comme on pouvait s’y attendre, Zelensky et un groupe de “dirigeants européens” qui le soutiennent, dont le Néerlandais Mark Rutte (également Secrétaire général de l’Otan), le Français Emmanuel Macron, le Britannique Keir Starmer, l’Allemand Friedrich Merz et le président finlandais Alexander Stubb, se rendront à la Maison Blanche lundi pour plaider en faveur de la poursuite de la guerre. La délégation européenne est menée par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, porte-parole zélée des tendances bellicistes qui prévalent dans certaines parties de l’Europe.
Les réelles motivations de Trump restent quelque peu énigmatiques et, comme toujours, mal définies. Il est largement admis que le président cherche activement à obtenir le prix Nobel de la paix, allant même jusqu’à prétendre faussement l’avoir déjà remporté “quatre ou cinq fois”. Il aurait même appelé le ministre norvégien des Finances, Jens Stoltenberg (précédent Secrétaire général de l’Otan), pour lui demander comment se présentent les sondages concernant sa candidature, une gaffe typiquement trumpienne. Il ne semble pas réaliser que briguer un prix pour la paix alors que les États-Unis soutiennent activement deux conflits armés majeurs et évitables à Gaza et en Ukraine, tout en levant les restrictions existantes sur le développement et le déploiement d’armes nucléaires, risque pour le moins d’être quelque peu problématique et contradictoire.
Il est tentant d’affirmer à ceux qui excusent volontiers le comportement de Donald Trump qu’il manque de discernement, toujours enclin à agir de manière impulsive et agressive lorsqu’il est dans le doute. Toutefois, le retrait systématique des accords hérités de la guerre froide pour éviter une guerre nucléaire durant le premier mandat de Trump suggère plutôt que la politique américaine consiste de facto à faciliter le déclenchement d’une guerre dévastatrice afin d’établir et de maintenir la domination militaire mondiale des États-Unis sur des adversaires tels que la Chine et la Russie. La suprématie militaire totale des États-Unis, qui s’appuie sur un réseau de 850 bases militaires à l’étranger afin d’affirmer l’influence nationale à l’échelle mondiale, est un aspect de la “doctrine Wolfowitz”. Cette appellation officieuse désigne la version initiale des orientations en matière de planification de la défense, rédigée en 1992 sous la présidence de Bill Clinton pour la période 1994-1999, et publiée par le sous-secrétaire américain à la Défense chargé de la politique, Paul Wolfowitz, et son adjoint Scooter Libby, tous deux néoconservateurs. Cette doctrine domine toujours la pensée stratégique de la Maison Blanche, Trump étant entouré de néoconservateurs et aux ordres du lobby israélien, tant au Moyen-Orient qu’en Europe de l’Est. Selon la “doctrine Wolfowitz”, la stratégie de défense américaine a pour objectif de prévenir l’émergence d’un rival mondial et de maintenir la primauté et l’unilatéralisme des États-Unis. L’un de ses principaux moyens de domination de l’Europe passait par l’expansion de l’OTAN dans les anciens États d’Europe de l’Est qui composaient l’Union soviétique, ce que les négociateurs américains avaient pourtant promis de ne pas faire lors des négociations avec Moscou lors de l’effondrement de l’Union soviétique, entre 1991 et 1992. Cette expansion est la principale cause de la guerre actuelle entre la Russie et l’Ukraine, Moscou considérant l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN comme une grave menace pour sa sécurité nationale.
Le retrait des accords d’après-guerre, conçus pour contrôler le développement nucléaire, la nature et l’utilisation des nouvelles armes et des systèmes de lancement autonomes, a malheureusement et considérablement amplifié le risque d’une guerre nucléaire dévastatrice. Le nombre de pays dotés d’armes nucléaires a augmenté, malgré les politiques de non-prolifération, et la Corée du Nord, la Chine, le Pakistan, l’Inde et Israël disposent désormais tous d’un arsenal nucléaire. Israël prévoit même d’utiliser son arsenal nucléaire en cas de menace sérieuse, un plan appelé “option Samson”. Le Bulletin of the Atomic Scientists, basé au Keller Center de l’université de Chicago, surveille le mouvement des aiguilles des minutes et des secondes de l’“horloge de l’apocalypse”. L’aiguille des secondes est plus proche de minuit qu’elle ne l’a jamais été, à 89 secondes près, et elle se déplace dans la “mauvaise” direction, vers un inévitable conflit armé, voire une catastrophe naturelle. Ainsi, atteindre minuit signifierait une guerre nucléaire susceptible d’anéantir toute vie sur Terre.
Les États-Unis sont le seul pays à avoir utilisé l’arme nucléaire contre un ennemi, le Japon, début août 1945. Cette attaque a détruit les villes d’Hiroshima et de Nagasaki, tuant au moins 170 000 personnes, pour la plupart des civils. Mon père était alors sergent d’infanterie à bord d’un navire de transport de troupes, au large des côtes japonaises. Il faisait partie de la 8è armée, un nouveau corps d’armée qui s’apprêtait à envahir l’île principale du Japon. La bataille s’annonçait particulièrement sanglante et les soldats s’attendaient à une résistance farouche de la part des Japonais. Les soldats américains se sont donc réjouis d’apprendre que les bombes avaient été utilisées et que la guerre s’était achevée par la capitulation immédiate du Japon. Cependant, plus récemment, les historiens ont fini par admettre que le Japon était en réalité sur le point de capituler, ce qui fut fait six jours après les bombardements, et que le président Harry Truman avait pris la mauvaise décision en donnant son feu vert aux bombardements dévastateurs.
Après la Seconde Guerre mondiale, l’Union soviétique, en possession des technologies nucléaires dérobées par Julius et Ethel Rosenberg aux États-Unis, devint à son tour une puissance militaire nucléaire, rejoignant ainsi les États-Unis et la Grande-Bretagne. Le déploiement d’armes nucléaires est alors devenu central dans la stratégie de la riposte mutuelle qui a caractérisé la guerre froide. La première crise eut lieu quand l’URSS déclara son intention de déployer des missiles nucléaires à Cuba, à seulement 140 km des États-Unis, d’où elle pouvait frapper n’importe quelle cible sur le territoire américain, pour dissuader Washington de tenter une nouvelle invasion de Cuba. Cette opération faisait suite au déploiement de missiles nucléaires américains dans les pays de l’OTAN, en Italie et en Turquie. L’échange nucléaire semblait imminent lorsque les dirigeants des États-Unis et de l’URSS ont repris leurs esprits. En 1962, le président John F. Kennedy et le président Nikita Khrouchtchev ont convenu que le risque nucléaire encouru était disproportionné. Les Russes se sont engagés à ne pas déployer de missiles à La Havane, et les États-Unis ont accepté de retirer leurs missiles Jupiter de Turquie.
D’autres accords ont ensuite été conclus afin de limiter la probabilité d’utilisation d’armes nucléaires en cas de conflit. L’accord le plus important a été le traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (INF), signé par le président Ronald Reagan et le secrétaire général Mikhaïl Gorbatchev en 1987, mais dont les États-Unis se sont retirés en octobre 2018, au cours du premier mandat de Donald Trump. Ce traité interdisait les systèmes de missiles nucléaires et conventionnels terrestres d’une portée de 1000 à 5500 km (portée intermédiaire) et de 500 à 1000 km (portée réduite) ainsi que les lanceurs de missiles correspondants. Il excluait ainsi le développement de systèmes de missiles mobiles susceptibles d’être déployés à proximité de la frontière d’un pays afin de permettre une première frappe surprise dévastatrice contre “l’ennemi”.
Avant le retrait des États-Unis, les deux camps s’accusaient mutuellement de violer les dispositions du traité. Lorsque Trump a ordonné au gouvernement de se retirer du traité FNI, il a affirmé que la Russie l’avait violé en développant un nouveau missile de croisière terrestre particulièrement performant. Les responsables russes ont répondu que la portée maximale du missile n’excédait pas 480 km, conformément aux dispositions du traité. La Russie a par ailleurs affirmé que les États-Unis pouvaient avoir violé le traité en déployant leurs propres systèmes de défense antimissile Aegis Ashore en Roumanie et en Pologne, deux pays membres de l’OTAN à proximité de la frontière russe. Ces systèmes utilisent des lanceurs verticaux Mk-41 particulièrement mobiles, capables de tirer des missiles Tomahawk. Sous la présidence de Trump, les États-Unis n’ont pas voulu négocier avec la Russie, et certains ont émis l’hypothèse que Washington se serait retiré du traité FNI pour avoir les mains libres et déployer ses missiles à portée intermédiaire près de la Chine. La Russie a réagi en proposant d’interdire les missiles FNI dépassant le seuil autorisé uniquement en Europe, mais Washington n’a jamais examiné ni accepté ces propositions de compromis.
La Russie a dénoncé ce qu’elle qualifie de provocations continues de la part des États-Unis, citant notamment le développement du nouveau lanceur de missiles à haute mobilité baptisé “Typhon”. Le 4 août, le ministère russe des Affaires étrangères a publié une déclaration selon laquelle “nos avertissements répétés ayant été ignorés et le déploiement de facto de missiles terrestres à portée intermédiaire et plus courte fabriqués aux États-Unis sur le territoire européen et dans la région Asie-Pacifique étant sur le point d’être effectif, le ministère russe des Affaires étrangères déclare que les conditions nécessaires au maintien d’un moratoire unilatéral sur le déploiement d’armes similaires ne sont plus réunies. Il se réserve par ailleurs le droit de ne plus être lié par les restrictions adoptées précédemment”.
Le ministère a par ailleurs “dénoncé l’installation et le renforcement d’un potentiel de missiles perturbateurs dans les régions limitrophes de la Russie, constituant une menace stratégique directe pour la sécurité de notre pays. Les dirigeants russes analyseront l’ampleur du déploiement des missiles terrestres INF américains et occidentaux avant de réagir”.
Éviter une guerre potentiellement nucléaire aux conséquences dévastatrices devrait être le débat majeur de la prochaine réunion bilatérale à Moscou et des discussions qui s’ensuivront. Le rejet par l’administration Trump d’accords visant à éliminer ou au moins à atténuer la menace d’une guerre à grande échelle, voire nucléaire, au nom de la sécurité nationale américaine, s’inscrit dans un contexte plus large, qui ne se limite ni à l’Ukraine ni à la Russie, mais inclut également le Moyen-Orient, où Israël est “secrètement” doté de l’arme nucléaire. Le traité FNI devrait être appliqué comme l’accord sur le Plan d’action global conjoint (JCPOA) relatif au programme d’enrichissement nucléaire de l’Iran. Depuis que Trump s’est retiré en 2019 lors de son premier mandat, les événements suggèrent fortement que les attaques ultérieures contre l’Iran par Israël et les États-Unis ont accru la probabilité d’une militarisation des capacités nucléaires iraniennes, sans le contrôle de l’AIEA depuis l’affaire de juin à la une des médias sur les fausses allégations et les fuites de données sensibles dont le directeur de l’AIEA, Rafael Grossi, a dû s’expliquer). L’issue n’est guère rassurante, mais il faut admettre que ce qui a été rompu au détriment de notre avenir ne peut être si facilement restauré. Ce serait toutefois un cadeau pour l’humanité de tenter d’y remédier, et si Donald Trump souhaite vraiment recevoir le prix Nobel de la paix, il ferait bien d’ignorer les attentes des Européens et de Zelensky avant la prochaine réunion bilatérale à Moscou. Un accord de paix en Europe de l’Est, incluant une limitation des armements, pourrait inspirer le Moyen-Orient, soit le plus prometteur des “accords” jamais conclus par le président américain.
Philip Giraldi, Ph.D., est directeur exécutif du Council for the National Interest, une fondation qui cherche à promouvoir une politique étrangère américaine plus axée sur les intérêts au Moyen-Orient. Son site web est councilforthenationalinterest.org, et l’adresse électronique inform@cnionline.org.
Source:https://www.unz.com/pgiraldi/will-peace-in-ukraine-also-bring-a-new-detente/
Traduit par Spirit of Free Speech







































































































































































































































