Une comptine, intitulée «Chang le Petit Chinois», distribuée à des enfants dans une école maternelle à Aubervilliers, jugée raciste a déclenché une polémique. SOS Racisme demande son retrait. Michel Segal, un Français qui réside en Chine depuis 7 ans, réagit à cette tempête dans un verre d’eau, dans le texte que voici. [ASI]

« Chang est assis. Il mange du riz.  Ses yeux sont petits, Riquiquis

 Chang me sourit, Quand il me dit : « Veux-tu goûter à mes litchis ? » 

T’es dans ton bateau qui tangue. T’as mal dans tes tongs. Tu vois des orang-outans   

Ta tête fait ping-pong. Ping ! 

Chang boit du thé. Et du saké. C’est pour digérer, Son dîner

 Chang à Pékin, Dans son jardin, Cueille du jasmin tous les matins. »

Ce sont les paroles de la comptine taxée de racisme qui soulève actuellement une polémique, et ayant donc à ce titre ouvert une chasse aux sorcières pour savoir qui l’a écrite, qui l’a éditée ou qui l’a fait écouter à des enfants. Dans le flot d’articles parus et de tweets qui circulent, on ne compte plus les dénonciations nominatives d’auteurs, d’éditeurs, d’associations, d’écoles et même d’institutrices. On attend impatiemment de découvrir leur photo et de connaître leur adresse.

Doucement émerge la proposition de renforcer le contrôle des textes soumis dans le cadre de l’éducation des jeunes enfants avec l’idée merveilleuse qu’aucun texte ni chanson ne devrait jamais être montré dans des structures éducatives sans avoir été approuvé en amont par un comité d’éthique. Enfin, on peut lire les déclarations de dirigeants d’associations revendiquant une obscure représentation de la communauté ou de la culture asiatique ou chinoise. Les termes employés sont mesurés : « stéréotypes raciaux insultants », « stigmatisations racistes », « dégueulasse », « racisme ordinaire », etc. Enfin, l’insubmersible SOS Racisme a immédiatement alerté le ministère de l’Education Nationale qui s’est engagé à saisir le rectorat coupable.

Ce n’est plus une chasse aux sorcières, c’est une chasse à courre.

Cette polémique exhibe la précipitation des intervenants dont l’objectif est de se rendre visibles aux yeux d’un pouvoir médiatique régnant sans partage en lui déclarant une idéologique allégeance afin d’obtenir ses faveurs. Enthousiastes, ils se bousculent pour être les premiers à débusquer d’hypothétiques dissidences avec surenchères de vraies délations, ils jugent, accusent et s’offusquent en s’agitant bruyamment comme le font depuis toujours les courtisans des pouvoirs totalitaires pour gagner une place auprès du tyran. Que pensent-ils trouver d’offensant dans cette comptine ? A les écouter, petit devrait être remplacé par jeune, il serait insultant d’évoquer les yeux bridés des Chinois, de parler de ping-pong, de dire qu’ils mangent du riz ou qu’ils boivent du thé.

Cette incroyable intolérance du réel de la part de nos champions de la tolérance révèle une réalité bien plus terrifiante qui apparaît en filigrane : celle du racisme profond et bien réel de l’idéologie dominante. Car dans l’esprit de ces dénonciateurs, tout propos évoquant les différences avec le type occidental est insultant ; ainsi, tout ce qui n’a pas notre profil serait une tare, et le dire serait une insulte. C’est parce qu’ils se pensent supérieurs en tant qu’occidentaux blancs que ces délateurs nous convaincront bientôt que dire d’un Malien qu’il est noir est une insulte.

Qu’il me soit finalement permis ici de faire mon coming out : je n’ai rien vu de choquant dans ce texte, et dans le sud de la Chine où je vis depuis plusieurs années avec une Chinoise, il y a du riz à TOUS les repas, tout le monde se promène en tongs, et en chinois (cantonais ou mandarin), tennis de table se dit… ping-pong.

Par Michel Segal, 30 décembre 2017

Michel Segal est professeur de mathématiques. Auteur de trois essais sur l’école Autopsie de l’école républicaine (2008) – Violences scolaires, responsables et coupables (2010) – Collège unique, l’intelligence humiliée (2011). Et de Ukraine, histoires d’une guerre (2014) où il analyse la guerre qui déchire l’Ukraine en se fondant sur sa connaissance approfondie du contexte et des enjeux internationaux.

Source: https://arretsurinfo.ch/il-faut-sauver-le-petit-chang/

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