Il y a des êtres dont la simplicité, la profondeur, vous marquent, vous aident à vivre, à vaincre les peurs, à vous faire sentir moins seul. Père Elias Zahlaoui est l’un d’eux.

[Silvia Cattori, journaliste indépendante suisse]

 

Colonel Alain Corvez


Préface d’Alain Corvez au livre « Guerre et Paix en Syrie » du Père Elias Zahlaoui, Damas – Syrie: 2019

 

Les mensonges éhontés les plus divers ont été propagés sur la guerre en Syrie, pour faire croire qu’il s’agissait d’une guerre civile, afin de dissimuler qu’en réalité il s’agissait, et s’agit toujours, d’une stratégie américaine et de ses alliés européens, de destruction, à nouveau, d’un pays qui ne se plie pas aux volontés des deux puissances qui se considèrent comme élues pour diriger le monde : les Etats-Unis et Israël.

Le livre « Guerre et Paix en Syrie » du Père Elias Zahlaoui, prêtre catholique syrien, veut rétablir l’âpre vérité, en rappelant les convoitises que suscite ce pays placé dès l’aube de l’humanité, au carrefour des échanges culturels et économiques, au milieu de ce Levant, berceau des civilisations et des religions monothéistes, devenu si important pour le développement économique du monde, en raison des richesses énergétiques qu’il recèle.

Dans une analyse écrite en mars dernier, « Moscou-Canossa-5 mars 2020 », je rappelais aux Occidentaux, ce qu’était en réalité la Syrie dévastée par les bandes barbares de terroristes islamiques, les incitant à s’affranchir de leur asservissement volontaire à l’empire d’outre-Atlantique, pour enfin regarder les choses en face, dans leur propre intérêt: « Les mensonges les plus divers ont été propagés, pour essayer de contrefaire la réalité : on parlait d’un Etat alaouite, d’un boucher qui prenait plaisir à massacrer son peuple, sans réaliser un seul instant l’absurdité d’une thèse contredite par un soutien massif au Président légal, d’un peuple rassemblé contre l’agression organisée, financée et soutenue par la Turquie et l’OTAN, de djihadistes barbares venus de plus de cent pays différents. Qui peut croire que la Syrie aurait pu, quels que soient les soutiens importants qu’elle a reçus de ses alliés naturels, Russie, Iran, Liban et Chine, tenir neuf ans sans un soutien massif du peuple, avec tous les corps constitués de l’état syrien, obéissant aux consignes du gouvernement ? A commencer par l’Armée majoritairement sunnite. Malgré la guerre, les fonctionnaires ont reçu leurs salaires sans interruption, y compris ceux qui se trouvaient dans des zones sous contrôle des terroristes, et collaboraient avec ces derniers. Les plus hauts dignitaires religieux des différentes confessions, ont appelé leurs fidèles à s’unir dans le soutien au gouvernement, certains le payant de leur vie comme le Cheikh sunnite Mohammad Ramadan Albouti, assassiné sauvagement dans sa propre mosquée en 2013, et plusieurs prêtres et évêques chrétiens, pris en otages ou assassinés par les terroristes. »

J’ai connu le Père Elias dès le début des attaques terroristes contre son pays, et j’ai d’emblée été séduit par la richesse de sa personnalité, son érudition et son patriotisme vibrant, assortis d’une foi chrétienne profonde, privilégiant cet amour du prochain sans aucune exclusive, le faisant respecter et aimer des musulmans quels qu’ils soient, et des athées sincères. C’est lui qui m’a aidé à rencontrer les Patriarches des autres confessions chrétiennes, et les Cheikhs sunnites, notamment le Mufti Ahmad Badreddine Hassoun, à l’exceptionnelle ouverture d’esprit.

Le Père Elias est un homme calme et pondéré, mais cela ne l’empêche pas d’être exaspéré par les mensonges répétés, sur la situation au Moyen-Orient et en Syrie en premier lieu. Par ses lettres aux Chefs d’Etats, aux Souverains Pontifs et aux évêques du monde, ainsi que par ses nombreux écrits, il a rappelé l’implacable vérité : la Syrie est attaquée par des hordes barbares islamistes, soutenues ouvertement ou indirectement, par les puissances occidentales, la Turquie voisine et les monarchies du Golfe, qui veulent renverser un gouvernement légal, laïc, qui refuse de se soumettre à leur idéologie.

Dans un exposé magistral de géopolitique, à une délégation internationale dont je faisais partie en septembre 2019, le Président Assad présentait le conflit syrien, comme l’exemple même de la résistance des nations du monde, à la domination de l’oligarchie financière mondiale, basée à Washington et Londres. Les peuples souverains de la planète, apportaient donc leur soutien au peuple syrien, ajoutait-il.

Avec le Père Elias nous réalisons que cette entreprise de destruction d’un pays indépendant, rebelle aux vues de l’oligarchie financière apatride, par des procédés inhumains, complaisamment diffusés par les techniques modernes de communication, est proprement l’oeuvre du Démon. Aucun autre exemple d’atteinte aux usages internationaux, n’est comparable aux atrocités perpétrées en Syrie, en s’abritant derrière des mensonges éhontés.

D’après Proudhon et Léon Tolstoï, qui partageaient la même conception, la guerre et la paix procèdent toutes deux, de la violence inhérente à la condition humaine, et s’interpénètrent. Proudhon, dans « La Guerre et la Paix. Recherche sur le principe et la constitution du droit des gens », dont le lecteur en avant-première fut son ami Tolstoï, écrit : « La guerre, c’est notre histoire, notre vie, notre âme tout entière ; c’est la législation, la politique, l’Etat, la patrie, la hiérarchie sociale, le droit des gens, la poésie, la théologie ; encore une fois, c’est tout… ».

Quelques années plus tard, Tolstoï s’en souviendra pour le titre de son oeuvre majeure. Mais en Syrie nous sommes sortis de la logique humaine, que décrit Tolstoï dans son « Guerre et Paix », pour tomber dans l’inhumain, ou plutôt dans le démoniaque. Aucune bête au monde ne se conduirait, comme l’ont fait les barbares qui ont dévasté le pays, avec hélas ! le soutien, affiché ou hypocrite, des puissances occidentales.

« Guerre et Paix en Syrie » est un document qui fera date, car l’auteur nous montre d’abord ce qu’est la Syrie, berceau universellement reconnu des civilisations, au patrimoine historique exceptionnel, terre de naissance des religions révélées, et pour nous chrétiens, lieu de naissance de notre foi. En effet le Chemin de Damas, où Paul s’écroula devant la puissance de la révélation divine, est tout proche de Jérusalem, et est relié à cette Terre Sainte vénérée. Devenue au vingtième siècle une puissance stratégique régionale, la Syrie est aussi une terre d’accueil, en plus des Palestiniens chassés de leur terre, pour les populations des pays dévastés par les guerres impérialistes, notamment les nombreux Irakiens qui ont fui l’invasion américaine de leur pays en 2003.

Cette histoire unique, ajoutée à une situation géographique centrale dans la région, lui attribue un rôle stratégique incomparable au Moyen-Orient, depuis son indépendance proclamée par la France en 1943, dans des conditions chaotiques, du fait des circonstances de la guerre. Elle lui suscita l’hostilité de l’état hébreu et de ses amis, dès sa création votée le 29 novembre1947, à coup de pressions américaines à l’ONU nouvellement créée.

Cette hostilité explique la genèse des conflits qui ensanglantent cette région, aux ressources énergétiques indispensables aux puissances mondiales, pour leur développement. Le livre du Père Elias nous donne un historique précieux de la création de cet Etat, « au milieu des peuples arabes qui lui étaient fondamentalement hostiles », comme le dira de Gaulle vingt ans plus tard.

Cela s’explique par la duplicité ou la soumission des puissances occidentales, sa négation des droits élémentaires des Palestiniens qu’il a subjugués, et son expansion incessante par la force, au détriment de ses voisins, dont il s’empare des territoires et des ressources, sans reconnaître aucune des résolutions des Nations Unies le condamnant.

Le deuxième chapitre du livre est tout aussi fondamental, car il est consacré aux évènements miraculeux de Soufanieh, modeste quartier de Damas, où une humble jeune femme, Myrna Akhras, reçoit épisodiquement, mais à des moments remarquables depuis novembre 1982, des messages de la Vierge Marie ou de Son Fils le Christ-Jésus, annonçant les souffrances à venir, ou appelant à la conversion de l’humanité. Il est saisissant de les lire dans leur ordre chronologique, à la lumière de ce que nous savons aujourd’hui des évènements. Le Père Zahlaoui a été un des premiers à croire à ces manifestations miraculeuses, et à les faire connaître. Il a assisté à certaines extases et exsudations d’huile de la jeune femme, ainsi que de l’icône placée dans sa maison, représentant la Vierge de Kazan. Face à la violence des évènements en Syrie, il ne fallait pas moins d’une intervention divine, pour rendre espoir aux âmes de bonne volonté. On appelle désormais cette Vierge : Notre-Dame de Soufanieh.

Fait tout-à-fait remarquable : c’est la première fois dans l’histoire du christianisme, que la Vierge et le Christ s’expriment en langue arabe, pour transmettre des messages de mise en garde ou d’espoir, à l’humanité tout entière. Messages universels donc, qui s’adressent aux croyants au Dieu unique de toutes confessions, mais aussi aux athées de bonne volonté. Il est d’ailleurs tout aussi remarquable, que ce soit un prêtre catholique romain, qui ait, en premier lieu, fait connaître au monde les messages du Ciel, adressés à une Syrienne de confession grecque-catholique – mariée à un homme de confession grecque-orthodoxe – qui possède dans son humble demeure, une icône de la Vierge de Kazan, exsudant périodiquement de l’huile odoriférante. Kazan, ville de Russie dont l’intervention pour combattre les terroristes, a été déterminante, comme chacun sait. Les premières guérisons ont concerné des musulmans, manifestant par là le caractère universel des messages de Notre-Dame de Soufanieh. Le Père Elias interprète ces révélations de Damas en langue arabe, deux mille ans après celles en langue araméenne, qui fit de Paul l’Apôtre des gentils, c’est-à-dire des païens ou des étrangers, comme une nouvelle manifestation du Christ auprès de tous les hommes. Face à l’impiété et au matérialisme de l’Occident, le Christ et sa Mère appellent les populations de cet Orient à ʺconserver leur Orientalitéʺ, et l’ensemble de l’humanité, à l’Unité et à la foi, et cela au coeur même des peuples arabes, majoritairement musulmans, qui les vénèrent tous les deux.

La liste des extases comme des messages divins, située en fin d’ouvrage, accompagnée parfois de commentaires explicites du Père Elias, est impressionnante, et donne un éclairage particulier aux souffrances, que connaît la Syrie depuis maintenant plus de neuf ans, notamment ce dernier message du Christ, le Jeudi-Saint 17 avril 2014, jour de la fête nationale en Syrie :

« Les blessures qui ont saigné sur cette terre, sont celles-là mêmes qui sont dans Mon corps, parce que la cause et l’auteur sont le même. Mais soyez assurés que leur sort est le sort même
de Judas. »

Alain Corvez  — Avril 2020

Colonel (c.r.) Alain Corvez, conseiller en stratégie internationale, ancien conseiller en relations internationales aux ministères de la Défense et de l’Intérieur, Paris.



Source: https://arretsurinfo.ch/guerre-et-paix-en-syrie/

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